1 L’attribution du Nobel Ă  Patrick Modiano ?-Bernard Pivot : Lorsque j’ai appris que l’on parlait de Modiano pour le Nobel de littĂ©rature, j’ai rĂ©pondu Ă  ceux qui Ă©voquaient ses chances ici ou lĂ  que sa nomination m’étonnerait beaucoup.D’abord, me semblait-il, parce que c’était la premiĂšre fois qu’on parlait de lui au Nobel, ensuite parce que JMG Le ClĂ©zio avait Culture RĂ©servĂ© aux abonnĂ©s À l'heure oĂč Bernard Pivot publie un livre sur l'amitiĂ© et quitte sa chronique du JDD », Pierre Boncenne rappelle le mĂ©pris social dont il fut l'objet. Bernard Pivot pose pour les photographes le 29 juin 2001 sur le plateau de la derniĂšre Ă©dition de son Ă©mission Bouillon de culture ». © PIERRE-FRANCK COLOMBIER / AFP Il n'est pas de la paroisse » cette expression concise m'a toujours semblĂ© la meilleure maniĂšre de rĂ©pondre aux interrogations sur la place singuliĂšre occupĂ©e par Bernard Pivot dans la vie des livres. Peu importe ici notre connivence, la maniĂšre dont nous avons cheminĂ© ensemble Lire, Apostrophes, Bouillon de culture et, au-delĂ , partagĂ© tant de moments d'amitiĂ© cette affinitĂ© rĂ©ciproque dont il parle si bien dans son dernier livre, Amis, chers amis. À partir de mon poste d'observation, je veux juste rappeler un Ă©tat de fait le plus souvent oubliĂ© aujourd'hui, enfoui dans les dĂ©gĂąts provoquĂ©s par les furieuses diatribes Ă  l'encontre du spectacle audiovisuel, coupable, comme chacun sait, d'assassinat de la littĂ©rature et de la toute une pĂ©riode, Bernard Pivot... Je m'abonne Tous les contenus du Point en illimitĂ© Vous lisez actuellement Quand Bernard Pivot Ă©tait le coupable idĂ©al 20 Commentaires Commenter Vous ne pouvez plus rĂ©agir aux articles suite Ă  la soumission de contributions ne rĂ©pondant pas Ă  la charte de modĂ©ration du Point. Vous ne pouvez plus rĂ©agir aux articles suite Ă  la soumission de contributions ne rĂ©pondant pas Ă  la charte de modĂ©ration du Point.
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Chez lui Ă  Paris le 13 janvier. © Patrick Fouque / Paris Match 24/01/2021 Ă  0535, Mis Ă  jour le 23/01/2021 Ă  1838 Le journaliste et homme de lettres s’attaque sans complexe aux vertiges de l’ñge dans son nouveau roman, ... mais la vie continue ». Vieillir est un mĂ©tier Ă  temps complet. On s’observe, on s’ausculte, on s’inquiĂšte. Certains noms propres se retirent de la mĂ©moire sur la pointe des pieds. WikipĂ©dia est lĂ  dĂ©sormais mais certains se refusent Ă  y aller trop vite. Surtout ne pas encourager la paresse des neurones ! Avoir des rides au front n’oblige pas Ă  en avoir au cerveau. Evidemment, il y a Alzheimer. Cette horreur joue auprĂšs des personnes ĂągĂ©es le rĂŽle de l’ogre auprĂšs des enfants. On lui livre des combats en ligne Ă  l’aide des mots croisĂ©s ou du Sudoku. Ou bien, comme Bernard Pivot, on se requinque avec la lecture, cette bonne vieille aussi Bernard Pivot "Goncourt, mon amour" La suite aprĂšs cette publicitĂ© Autrefois, c’était presque une marĂątre. Pour Apostrophes », il fallait engloutir des centaines de pages par semaine. A la prĂ©sidence du Goncourt, l’étĂ© tournait Ă  l’épreuve de force. Aujourd’hui, c’est une nymphe. Il n’a plus que sa chronique du Journal du dimanche ». C’est d’ailleurs un paradoxe qui le laisse rĂȘveur quand on est jeune et qu’on a la vie devant soi, on est toujours pressĂ© ; devenus vieux, quand l’avenir nous est mesurĂ©, on prend tout son temps. Bizarre. Mais pas dĂ©sagrĂ©able on savoure vite la lenteur. Si les autres s’agitent, grand bien leur fasse. La suite aprĂšs cette publicitĂ© Lire aussi Bernard Pivot bouillonne de questions Comme disait Balzac, les vieillards sont des gens qui ont dĂźnĂ© et regardent les autres manger. Inutile de s’énerver. Pivot, par exemple, Ă©tait nĂ© impatient. Ça lui est passĂ©. Plus question pour lui de s’échauffer Ă  tort et Ă  travers. Il faut se tenir soi-mĂȘme Ă  l’Ɠil. Avec le grand Ăąge, les qualitĂ©s se bonifient, tout comme les dĂ©fauts s’aggravent. TrĂšs bonne raison pour ne pas se laisser aller. La suite aprĂšs cette publicitĂ© La suite aprĂšs cette publicitĂ© Vous ne ferez pas dire Ă  Pivot que c’était mieux avant. D’abord parce qu’il trouve l’affirmation idiote ; ensuite parce qu’elle trahit trop vite son vieux con ». Cela dit, la politesse ancienne lui manque. Et, contrairement Ă  l’époque, il ne hisse pas la dĂ©rision au rang de vertu hygiĂ©nique. Il se demande mĂȘme si, autrefois, on n’avait pas plus de considĂ©ration pour les vieux. Peut-ĂȘtre aussi parce qu’il y en avait moins. Promis il va y rĂ©flĂ©chir. Mais plus tard. Pour l’instant, il sort un nouveau livre. Son sujet le quatriĂšme Ăąge. Je vous rassure rien du ronchon professionnel qui rĂ©pand son venin. Rien non plus du papy philosophe qui prend tout avec Jurus, son personnage, 82 ans, a beau se tasser, avoir du mal Ă  lacer ses chaussures, pester contre son ordinateur et trouver qu’il a parfois la tĂȘte aussi lourde que les jambes, il reste un parfait sosie de Pivot le bon vivant qui prend tout avec ironie mais ne se cache pas derriĂšre son petit doigt. S’il faut appuyer lĂ  oĂč ça fait mal, il va le faire. Et pas de pudibonderie, non plus. La littĂ©rature a souvent des pudeurs de petite cuillĂšre dĂšs qu’elle aborde la sexualitĂ© des gens ĂągĂ©s. Rien de tel. Ce Jurus a l’Ɠil et le bon. Il voit tout des huit copains et copines dont il parle dans son livre. Et il dit tout. Ça fait beaucoup de bien. Une vraie bourrasque de fraĂźcheur et d’ironie dans une annĂ©e plombĂ©e par l’atmosphĂšre d’Ehpad qui s’est abattue sur l’ est allĂ© interroger l’auteur. Lui a 85 ans. Et, avec ça, toujours la bougeotte. C’était ma quatriĂšme interview avec lui en vingt ans. Eh bien, c’était Ă  une quatriĂšme adresse. Il ne change pas. Comment fait-il ? RĂ©ponse en 220 pages. J’écris pour garder l’esprit vif, joyeux et curieux Paris Match. A quel Ăąge ĂȘtes-vous devenu vieux ? Bernard Pivot. Le jour de mes 80 ans. Je me suis dit que j’entrais dans le grand Ăąge. Avant, je n’y avais jamais pensĂ©. LĂ , j’ai songĂ© que ma vie aurait une fin. Un drĂŽle d’effet. Mes 80 premiĂšres annĂ©es Ă©taient passĂ©es comme une lettre Ă  la poste. Je me suis dit “chapeau !” Mais des amis sont partis. Certains avaient mon Ăąge. Je me consolais en me disant que chaque annĂ©e a son quota de dĂ©parts et que le leur me laissait un rĂ©pit. Mais que tout cela passe vite. J’en suis Ă  85. Et, croyez-moi, 85 ce n’est pas 82. C’est comme entre 7 ans et 10 ans. Chez les vieux, c’est comme chez les tout jeunes. Les petites diffĂ©rences deviennent Ă©normes. "J’évite de rĂąler pour ne pas avoir l’air bougon" Est-il dur d’ĂȘtre un vieux monsieur ? On sent son Ăąge. Tout vous inquiĂšte. Parfois le corps en a marre. Votre moi mĂ©dical s’empare du moindre pĂ©pin. C’est pourquoi j’écris. Pour garder l’esprit vif, joyeux et curieux. Diriez-vous qu’il n’a jamais Ă©tĂ© aussi facile d’ĂȘtre vieux ou que ça n’a jamais Ă©tĂ© aussi frustrant ? Les deux, bien sĂ»r. MoliĂšre est mort Ă  51 ans, Ă©puisĂ©. Aujourd’hui, c’est la force de l’ñge. Ça allonge l’espoir. Le jeunisme, en revanche, peut ĂȘtre blessant. C’est le nouvel apartheid. DĂšs qu’on parle de vous dans un journal, on donne votre Ăąge. On ne signale ni vos qualitĂ©s, ni vos dĂ©fauts, on commence par votre fiche d’état civil."Les tweets peuvent ĂȘtre un enfer. Et un enfer dangereux. " Est-ce que ce sont vos qualitĂ©s qui s’épanouissent ou vos dĂ©fauts qui s’aggravent ? Mon grand dĂ©faut Ă©tait l’impatience. Je la maĂźtrise beaucoup mieux. Mais, surtout, j’évite de rĂąler pour ne pas avoir l’air bougon. Il faut n’avoir pas connu les annĂ©es 1940 pour croire que c’était mieux avant. On passe vite pour un vieux con. Et les jeunes filent Ă  tired’aile. A juste titre. Vous n’avez pas de nostalgies ? Si, naturellement. Certaines pĂątisseries, par exemple, comme les “conversations”, un gĂąteau qui a disparu. Et, plus sĂ©rieusement, une forme de rapports entre les hommes et les femmes. Aujourd’hui, la galanterie est presque une prise de risque. On est vite soupçonnĂ© de mĂ©pris ou d’agression sexiste. Mais, d’un autre cĂŽtĂ©, que d’avantages ! L’ordinateur simplifie tellement la vie. Je me rappelle, dans les annĂ©es 1950, quand je retrouvais Bouvard Ă  minuit au marbre du journal pour dicter nos papiers directement aux linotypistes. Et puis quels plaisirs dans la presse ! Les patrons ne sont plus par-dessus votre Ă©paule. On est plus libre de ses mouvements, de son temps, de ses jugements. En revanche, les tweets peuvent ĂȘtre un enfer. Et un enfer dangereux. Pour moi, quand on est journaliste, on ne balance pas n’importe quoi."En me cachant derriĂšre les neuf personnages du livre, j’aborde des thĂšmes dĂ©licats que je n’aurais pas traitĂ©s si j’avais parlĂ© de moi" Etes-vous devenu une personne fragile ? J’ai toujours Ă©tĂ© prudent. Quand je jouais au foot, en milieu de terrain, Ă  l’époque on disait qu’on jouait inter », je me rangeais des voitures quand j’affrontais les grosses brutes qui cassent du bois. Donc je le suis restĂ©. Le confinement ne m’a ni gĂȘnĂ© ni vexĂ©. De toute façon, j’ai vĂ©cu confinĂ© des dizaines d’annĂ©es. Je lisais du matin au soir. C’était ma vie. Pourquoi avoir Ă©crit un roman plutĂŽt qu’un essai allĂšgre sur le grand Ăąge ? Disons que c’est une chronique romanesque. Sans doute ai-je choisi cette formule par pudeur. Je ne voulais pas parler de ma santĂ©. En me cachant derriĂšre les neuf personnages du livre, j’aborde des thĂšmes dĂ©licats que je n’aurais pas traitĂ©s si j’avais parlĂ© de moi. La sexualitĂ©, par exemple, est un vrai tabou en littĂ©rature. Je n’ai pas de souvenirs de bons livres sur ce thĂšme. Peut-ĂȘtre un ouvrage japonais sur un vieux couple. Me cacher derriĂšre les copains de ce livre Ă©tait trĂšs amusant. Un dĂ©doublement excitant pour l’esprit."Ce qui fait peur, c’est la vraie solitude. Celle qu’on ne partage avec personne." Avez-vous peur d’entrer un jour dans un Ehpad ? J’espĂšre y Ă©chapper. Je suis dans une situation privilĂ©giĂ©e car j’ai deux filles que j’aime et qui m’aiment. Tant mieux car je dois dire qu’au printemps dernier le spectacle des caravanes de cercueils sortant de ces Ă©tablissements Ă©tait saisissant et affreux. Parfois, en plein sommeil, j’y songe. Mes personnages, eux, se fĂ©licitent de n’y ĂȘtre pas. Ce qui fait peur, c’est la vraie solitude. Celle qu’on ne partage avec personne. Et puis le dĂ©labrement, le Trafalgar personnel. Comment imaginez-vous votre mort idĂ©ale ? Assis dans mon canapĂ©, et tout s’arrĂȘte. Ou bien, en train de relire un de mes auteurs prĂ©fĂ©rĂ©s, un Colette, un Voltaire, un Baudelaire ou un Giono. Avec, en fond sonore, un concerto de Mozart. Si vous rencontrez Dieu, qu’espĂ©rez-vous qu’il vous dise ? “Ah, tiens, c’est vous Pivot. Je vous attendais depuis longtemps. Pourriez-vous m’expliquer enfin la rĂšgle des participes passĂ©s des verbes pronominaux ?” Comme je n’en serai pas capable, peut-ĂȘtre me renverra-t-il enquĂȘter sur le sujet. © Mais la vie continue », de Bernard Pivot, Ă©d. Albin Michel, 224 pages, 19,90 euros.

BernardPivot. Il s’agit d’une lecture de textes tirĂ©s de plusieurs de mes livres. Je suis une histoire, mĂȘme si je m’en Ă©vade pour faire des commentaires.
J'ai prĂ©fĂ©rĂ© prendre les devants et dire d'une maniĂšre simple et agrĂ©able que j'arrĂȘterai Bouillon de culture Ă  la fin de la saison. J'ai voulu Ă©viter toutes ces rumeurs, Ă©lucubrations et dĂ©mentis qui se sont succĂ©dĂ© l'an passĂ© et qui Ă©taient fort dĂ©sagrĂ©ables aussi bien pour moi que pour les dirigeants de France 2.» VoilĂ , c'est dit. Au Journal du Dimanche, Bernard Pivot, 65 ans, commente son annonce surprise vendredi soir. C'est la derniĂšre rentrĂ©e littĂ©raire pour moi», a dĂ©clarĂ© l'homme qui incarne depuis 27 ans la prĂ©sence, voire la rĂ©sistance, du livre face au dĂ©ferlement des images. Depuis 1973, poursuit-il dans son explication Ă  sa future retraite, je fais une Ă©mission hebdomadaire consacrĂ©e Ă  la culture en gĂ©nĂ©ral et aux livres en particulier et bientĂŽt ce sera fini.»France 2 a aussitĂŽt fait savoir qu'elle comprenait, en la regrettant», cette dĂ©cision, en rappelant tout ce que la chaĂźne lui doit depuis la crĂ©ation de Ouvrez les guillemets, puis en 1975 du magazine Apostrophes transformĂ© en Bouillon de donc pour les regrets, mais n'est-ce pas la fin d'une Ă©poque? Le prĂ©sident de France TĂ©lĂ©vision m'a assurĂ© au tĂ©lĂ©phone qu'il y aurait une Ă©mission Ă©videmment trĂšs diffĂ©rente Ă  la rentrĂ©e. La direction de la chaĂźne a la volontĂ© de continuer Ă  prĂ©senter une Ă©mission culturelle de prestige en septembre 2001.» Pivot n'en dira pas plus. Ni sur la tĂ©lĂ©vision, ni sur ses projets personnels. Reste donc un bilan professionnel remarquable. Le secret de son succĂšs auprĂšs du public, de son incroyable longĂ©vitĂ©, rĂ©side peut-ĂȘtre dans son inaltĂ©rable goĂ»t du bonheur cet amateur de vin beaujolais et de football aimait rĂ©pĂ©ter Je crois beaucoup au plaisir, Ă  la culturiosité», au plaisir de la culture.» Pour lui, culture n'Ă©tait pas synonyme de tristesse. Ainsi, il a su rĂ©ussir les noces souvent difficiles de la littĂ©rature et du petit Ă©cran, rendre accessibles et populaires les plus grands Ă©crivains et amener Ă  la littĂ©rature des rĂ©fractaires de l' Ă  la journaliste Monique Pivot avec qui il a eu deux filles, Bernard Pivot a aussi dirigĂ© de 1975 Ă  1993 la rĂ©daction du mensuel Lire, crĂ©ant au dĂ©but des annĂ©es 90 les fameux Dicos d'or. VEILLIR: un trĂšs beau texte de Bernard Pivot. Face au temps qui passe et nous mĂšne inexorablement au terme de notre vie, chacun a sa façon de voir les choses. Et celle de Bernard Pivot vaut le dĂ©tour. S’il y a bien une rĂ©alitĂ© devant laquelle tous les humains naissent Ă©gaux, c’est la soumission au temps qui passe.
DĂ©cider de continuer Ă  travailler alors que l'heure de la retraite a sonnĂ© depuis bien longtemps
 Cela semblerait bien impensable Ă  bon nombre de seniors. Et pourtant, certains ont fait ce choix par passion pour leur mĂ©tier qui est tout simplement leur raison de vivre ! Mais hĂ©las, arrive un moment oĂč le corps ne suit plus et la vieillesse les oblige Ă  mettre un terme Ă  leur longue carriĂšre
 À 86 ans, Bernard Pivot aurait sans doute aimĂ© poursuivre encore quelque temps son activitĂ© de chroniqueur littĂ©raire dans les colonnes du Journal du Dimanche, mais c'Ă©tait compter sans sa santĂ© qui se dĂ©tĂ©riore chaque jour un peu plus. “Ce qui me fait peur ? La mort”, avouait-il dĂ©but janvier. Si Bernard cesse cette collaboration Ă  laquelle il tenait tant, c'est qu'il est Ă  bout de souffle, murmure-t-on dans le monde de l'Ă©dition. Il se dit mĂȘme qu'il serait au plus mal, ce qui expliquerait pourquoi le JDD a publiĂ© ce dimanche 30 janvier cette chronique en forme de mort annoncĂ©e dans laquelle la journaliste Anna Cabana a adressĂ© Ă  l'homme de lettres un vibrant message d'adieu. Notre Ă©ternel professeur de littĂ©rature national, notre hĂ©ros de l'orthographe, notre Apostropheur en chef, bouillonnant de culture et d'exigence, notre chroniqueur facĂ©tieux et fidĂšle, piquant et ponctuel, prend sa retraite », Ă©crit avec lyrisme l'Ă©pouse de Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale. Mais l'intĂ©ressĂ© a-t-il Ă©tĂ© en mesure de lire cet hommage plein de fougue ? Rien n'est moins sĂ»r. HospitalisĂ© depuis un mois selon nos informations, l'homme de lettres qui vient tout juste de publier un recueil de souvenirs 
 Mais la vie continue, serait trĂšs affaibli. Sentait-il dĂ©jĂ  ses forces l'aban-donner lorsqu'en 2018, sur les conseils de [s]on mĂ©decin », il avait annoncĂ© annuler la tournĂ©e de son spectacle, adaptĂ© de son livre Au secours, les mots m'ont mangĂ© ! en raison d'un gros coup de fatigue », comme il le confiait alors Ă  Nice-Matin ? Puis, l'annĂ©e suivante, il quittait Ă  la surprise gĂ©nĂ©rale la prĂ©sidence de l'acadĂ©mie Goncourt, une fonction qu'il occupait depuis cinq ans et dans laquelle il s'Ă©tait beaucoup investi. Une fois encore, son Ăąge s'Ă©tait rappelĂ© Ă  lui. Avec courage, il continuait pourtant Ă  dĂ©livrer son billet toutes les semaines dans le JDD, comme il en avait pris l'habitude depuis trente ans, jusqu'Ă  ce qu'il soit admis Ă  l'hĂŽpital. InvitĂ© d'Augustin Trapenard sur France Inter dans l'Ă©mission Boomerang, le 4 janvier dernier, quelques jours seulement avant son hospitalisation, le lĂ©gendaire prĂ©sentateur d'Apostrophes et de Bouillon de culture s'Ă©tait laissĂ© aller Ă  des confidences troublantes Ce qui me fait peur ? La mort. J'ai toujours pensĂ© Ă  la mort. Quand mon meilleur ami est mort, j'avais 40 ans, et lui en avait vingt de plus. Plus on avance en Ăąge, plus on se dirige vers l'acte final et plus on y pense. » EspĂ©rons que ces bouleversants aveux ne laissent pas augurer du pire. ValĂ©rie EDMOND
BernardPivot n'a fait que donner la parole à un écrivain qui était alors réputé : En 1981, son roman Ivre du vin perdu, loué par Philippe Sollers dans Le Monde, s'était vendu à 20 000 exemplaires. Il était déjà lauréat du prix Mottart de l'Académie française et serait bientÎt officier des Arts et des Lettres.

Ce n'est pas la premiĂšre fois que Bernard Pivot Ă©crit sur sa vie. Et encore une fois, il le fait en ayant recours Ă  un subterfuge, en se plaçant derriĂšre un paravent. Fait-il cela par pudeur ? Par crainte d'ennuyer les lecteurs en leur livrant des fragments tout simples de son parcours ? Toujours est-il que pour Ă©crire La mĂ©moire n'en fait qu'Ă  sa tĂȘte, le plus cĂ©lĂšbre des journalistes littĂ©raires de la francophonie s'est emparĂ© de souvenirs ayant resurgi grĂące Ă  des lectures afin de parler de lui. C'est une question de mĂ©moire, dit-il lors d'un entretien tĂ©lĂ©phonique que j'ai eu avec lui mercredi dernier. Tous les gens qui Ă©crivent leur autobiographie doivent obliger leur mĂ©moire Ă  la chronologie. C'est une contrainte que je n'avais pas envie de m'imposer. Je me suis aperçu que plus j'avance en Ăąge et plus je m'arrĂȘte dans mes lectures. Tel personnage, telle scĂšne ou tel mot me rappelle des souvenirs. Ceux que je relate dans le livre me sont venus par ricochet, en lisant. J'ai d'ailleurs failli appeler ce livre Ricochet. » Ces souvenirs qui sont remontĂ©s Ă  la surface Ă©voquent des rencontres exaltantes, par exemple celle de Karen Blixen, l'auteure du Festin de Babette, qui, aux yeux de Pivot, aurait eu besoin de manger un peu plus tant elle lui est apparue famĂ©lique. Elle ressemblait Ă  Nosferatu, le vampire de Murnau », Ă©crit-il. Il aborde Ă©galement des thĂšmes plus anodins, des bagatelles, des sottises, des frivolitĂ©s », comme la ponctualitĂ©, un sujet qui lui est venu en repensant Ă  une entrevue qu'il a faite en 1988 pour Paris Match avec les trois candidats Ă  l'Ă©lection prĂ©sidentielle. Alors que Chirac fut Ă  l'heure et que Raymond Barre eut cinq minutes de retard, François Mitterrand se prĂ©senta avec une bonne demi-heure de retard. Celui qui a dĂ» faire preuve d'une ponctualitĂ© exemplaire au cours de ses 28 annĂ©es d'Ă©missions hebdomadaires a toujours eu un prĂ©jugĂ© favorable pour les gens qui sont Ă  l'heure. Mais Ă  force de veiller Ă  ne jamais ĂȘtre en retard avec les autres, on en vient Ă  exiger d'ĂȘtre Ă  l'heure avec soi-mĂȘme. HĂ©las ! Je ne suis pas toujours exact Ă  mes propres rendez-vous. Il m'arrive mĂȘme de me poser des lapins », peut-on lire dans un extrait de La mĂ©moire n'en fait qu'Ă  sa tĂȘte Les courts chapitres qui composent ce livre sont un pur dĂ©lice pour qui apprĂ©cie le maniement de la langue française. Et comme toujours, Pivot le fait avec modestie et mesure. On dĂ©note mĂȘme chez lui un quasi-sentiment d'infĂ©rioritĂ©. Ainsi, il parle Ă  quelques reprises de son ignorance », de son incapacitĂ© Ă  rivaliser avec les poĂštes ou les grands Ă©pistoliers pour sĂ©duire les femmes. Je souligne cet aspect dans une question. Ah ! C'est une remarque originale, me dit-il. On ne me l'a jamais faite en France. En effet, je crois que c'est une contestation de l'idĂ©e qu'on se fait de moi. J'ai eu des Ă©checs dans ma vie, amoureux, scolaires et professionnels. Ces petites Ă©corchures me sont revenues », ajoute celui qui prĂ©side aujourd'hui l'AcadĂ©mie Goncourt. Pivot et la bandaison J'ai aimĂ© ce livre, entre autres parce qu'il casse l'image que l'on se fait, du moins au QuĂ©bec, de Bernard Pivot, un homme en apparence trĂšs sĂ©rieux. J'avoue que le chapitre intitulĂ© Une fille bandante m'a quelque peu surpris. Ah oui ! Pourquoi ? me demande Pivot en rigolant. J'aime beaucoup rire dans la vie. Et faire rire les gens. En lisant un livre de Jean Echenoz, je me suis rendu compte que je n'avais jamais osĂ© utiliser ce terme dans un journal ou dans un livre. Je me suis penchĂ© sur ce mot et j'ai trouvĂ© qu'il Ă©tait trĂšs pratique. Le Grand Robert l'accepte, tandis que Le Petit Larousse le juge vulgaire. Il propose plutĂŽt "ĂȘtre en Ă©rection". Mais l'Ă©rection, c'est le rĂ©sultat, alors que bander, c'est Ă  la fois l'acte et le rĂ©sultat. C'est plus intĂ©ressant. J'aime rĂ©flĂ©chir sur les mots et j'aime m'amuser avec les mots. D'ailleurs, je fais dans ce chapitre un trĂšs mauvais jeu de mots en parlant de "la bandaison de la crĂ©maillĂšre". » Bernard Pivot profite de ce livre pour remettre les pendules Ă  l'heure sur certaines choses, notamment son dĂ©part du Figaro littĂ©raire, en 1974, avec l'arrivĂ©e de Jean d'Ormesson. Ce dernier, fraĂźchement nommĂ© directeur du quotidien, devait procĂ©der Ă  une rĂ©forme du journal. Et celle-ci devait, entre autres, passer par la nomination de Bernard Pivot comme chef des services culturels. Cette nomination Ă©tait dĂ©jĂ  approuvĂ©e par le propriĂ©taire du quotidien, Jean Prouvost. Mais voilĂ , d'Ormesson s'est laissĂ© convaincre par certains, dont AndrĂ© Malraux, que ce poste ne devait pas ĂȘtre occupĂ© par Pivot qui, sentant qu'il Ă©tait temps pour lui de quitter le navire, s'est retirĂ©. Des dĂ©cennies plus tard, Bernard Pivot ne tient pas rigueur Ă  d'Ormesson pour cela. Je ne suis pas du tout rancunier. Je suis mĂȘme trĂšs ami avec lui. Je vais dĂ©jeuner chez lui de temps en temps. Si je n'avais pas eu ce diffĂ©rend avec lui, je n'aurais pas fait une carriĂšre Ă  la tĂ©lĂ©vision. » En revanche, il a des mots durs pour son ex-collĂšgue François Mauriac, qui, pendant les sept annĂ©es oĂč il fut collaborateur au Figaro littĂ©raire, n'a jamais daignĂ© pousser la porte du bureau oĂč travaillaient les journalistes littĂ©raires du journal, dont faisait partie Bernard Pivot. Je crois qu'il n'avait pour nous que de l'indiffĂ©rence, Ă©crit Pivot. MĂȘme si nous signions des articles Ă  la suite des siens, nous n'Ă©tions Ă  ses yeux que les soutiers de l'hebdomadaire qui battait pavillon Mauriac. » Lorsque Mauriac eut 80 ans et que les hommages fusaient de toutes parts, Le Figaro dĂ©cida de lui offrir un cadeau et demanda aux employĂ©s de cotiser. Pivot refusa net de participer Ă  cette collecte. Fou de Twitter Avant de connaĂźtre la popularitĂ© avec l'animation d'Ă©missions littĂ©raires et culturelles comme Apostrophes et Bouillon de culture, Bernard Pivot a Ă©crit pour de nombreux journaux et magazines. Qu'en est-il de son regard sur le traitement que les mĂ©dias accordent aujourd'hui Ă  la littĂ©rature ? Le journalisme littĂ©raire n'est plus aussi intĂ©ressant qu'il l'Ă©tait il y a 40 ou 50 ans. Il y avait des Ă©coles littĂ©raires, des revues littĂ©raires, des cocktails littĂ©raires. Tout cela a un peu disparu. En partie d'ailleurs Ă  cause de la tĂ©lĂ©vision. » La vie littĂ©raire se rĂ©sume aujourd'hui aux prix et aux salons. En dehors de cela, il n'y a plus grand-chose. Ce mĂ©tier de courriĂ©riste littĂ©raire que j'ai fait pendant 15 ans, j'aurais du mal Ă  l'exercer aujourd'hui. » À 81 ans, Bernard Pivot demeure un homme de son temps. Il ne craint pas les nouvelles technologies, encore moins les rĂ©seaux sociaux qu'il juge utiles ». J'aurai bientĂŽt 500 000 abonnĂ©s sur mon compte Twitter, dit-il fiĂšrement. Les rĂ©seaux sociaux sont une invention extraordinaire et je ne vois pas pourquoi je ne profiterais pas des inventions des plus jeunes. Évidemment, si c'est pour Ă©crire des conneries, des trucs antisĂ©mites ou homophobes, alors c'est non, c'est dĂ©gueulasse. C'est une Ă©cole de la concision, ça vous oblige Ă  un exercice mental et de style trĂšs profitable pour la santĂ© du cerveau. C'est quand mĂȘme formidable de lancer des messages tous les matins qui sont repris par des dizaines de milliers de personnes dans le monde. » La derniĂšre visite de Bernard Pivot au QuĂ©bec remonte Ă  2015, lors du Salon du livre de QuĂ©bec oĂč il a occupĂ© le rĂŽle de prĂ©sident d'honneur. J'espĂšre y retourner. Vous savez comment j'aime le QuĂ©bec et je suis ravi de savoir qu'on s'intĂ©resse toujours Ă  moi chez vous. » En effet, on ne vous oublie pas, cher Bernard Pivot. Et nous sommes heureux de voir que vous n'oubliez pas les plus beaux fragments de votre vie. À nous aujourd'hui de les savourer. La mĂ©moire n'en fait qu'Ă  sa tĂȘteBernard PivotAlbin Michel228 pages image fournie par Albin Michel La mĂ©moire n'en fait qu'Ă  sa tĂȘte photo fournie par tv5 Bernard Pivot Ă  l'Ă©poque de Bouillon de culture, diffusĂ©e de 1991 Ă  2001.

BernardPivot a annoncĂ© ce mardi sa dĂ©mission de l'AcadĂ©mie Goncourt, dont il Ă©tait le prĂ©sident depuis 2014. Culture Mars 2019 MusĂ©e des tissus de Lyon : "On ne veut pas le sauver, on veut Voici toutes les solution Pour Bernard Pivot, il Ă©tait de culture. CodyCross est un jeu addictif dĂ©veloppĂ© par Fanatee. Êtes-vous Ă  la recherche d'un plaisir sans fin dans cette application de cerveau logique passionnante? Chaque monde a plus de 20 groupes avec 5 puzzles chacun. Certains des mondes sont la planĂšte Terre, sous la mer, les inventions, les saisons, le cirque, les transports et les arts culinaires. Nous partageons toutes les rĂ©ponses pour ce jeu ci-dessous. La derniĂšre fonctionnalitĂ© de Codycross est que vous pouvez rĂ©ellement synchroniser votre jeu et y jouer Ă  partir d'un autre appareil. Connectez-vous simplement avec Facebook et suivez les instructions qui vous sont donnĂ©es par les dĂ©veloppeurs. Cette page contient des rĂ©ponses Ă  un puzzle Pour Bernard Pivot, il Ă©tait de culture. Pour Bernard Pivot, il Ă©tait de culture La solution Ă  ce niveau bouillon Revenir Ă  la liste des niveauxLoading comments...please wait... Solutions Codycross pour d'autres langues Celafaisait trente ans qu’il livrait ses critiques littĂ©raires hebdomadaires dans les colonnes du Journal du Dimanche.Samedi 29 janvier, Bernard Pivot a annoncĂ© son dĂ©part Ă  Bernard Pivot "Gardons l’esprit vif" ‱ Notre Temps Pourquoi avoir créé ce double littĂ©raire? Tout paraĂźt vrai, autobiographique. Bernard Pivot. Tout est vrai. Mais beaucoup de choses sont fausses! Ce n’est pas un roman, pas une autobiographie, plutĂŽt une chronique. J’aurais aimĂ© appartenir au groupe d’amis octogĂ©naires que je mets en scĂšne. Inventer ce cĂ©nacle qui organise des dĂ©jeuners Ă  thĂšme Ă©tait une maniĂšre, pour moi, de renouer avec "Apostrophes". Tous sont joyeux, mĂȘme s’ils parlent beaucoup des "CI2A" ces quatre flĂ©aux de l’ñge que sont le cancer, l’infarctus, l’AVC et Alzheimer. Quant Ă  mon narrateur, je ne suis plus lui et il n’est pas encore moi. Nous avons trois ans d’écart. PassĂ© 80 ans, trois ans, c’est un temps extraordinaire. ‱ Vous donnez des conseils pour bien aborder cette pĂ©riode de la vie
 Le plus dur a Ă©tĂ© pour moi de trouver le ton juste pour Ă©crire ce livre. Entre l’humour, qui traduit un certain bonheur de vivre, et le cĂŽtĂ© moraliste, donneur de leçons. Si nous voulons garder une audience auprĂšs des jeunes, nous ne devons en aucun cas ĂȘtre ronchons ou passĂ©istes. Nous devons cultiver notre curiositĂ© pour le monde dans lequel nous trois des "CI2A" nous Ă©chappent, il en est un que nous pouvons tenter de retarder, c’est Alzheimer. RĂ©unissons-nous, dĂ©battons, ayons une vie sociale, voyageons. Lorsque nous Ă©changeons ardemment, nous gardons l’esprit vif. ‱ Les pĂ©riodes de confinement sont terribles de ce point de vue! Oh, moi, je suis trois fois confinĂ©. DĂ©jĂ  par mon activitĂ© de lecteur, socialement comme retraitĂ©, sanitairement comme personne Ă  risque. Nous entrons dans une pĂ©riode oĂč l’image des vieux change. Avant, on disait de nous ils vieillissent bien, leur espĂ©rance de vie augmente, ils sont actifs
 Aujourd’hui, nous sommes considĂ©rĂ©s comme fragiles, au premier rang des victimes de la Covid. ‱ En sortant de l’école de journalisme, vous publiez un roman. Est-ce donc naturellement que vous devenez journaliste littĂ©raire? Non, c’est un hasard. J’aurais voulu entrer Ă  "L’Équipe" mais l’école m’a proposĂ© un poste au "Figaro littĂ©raire". J’ai travaillĂ© quinze ans en presse Ă©crite avant de faire ma premiĂšre Ă©mission, "Ouvrez les guillemets", en avril 1973. Ce soir-lĂ , Jacqueline Baudrier, ma patronne, m’a fait trois remarques "l’émission Ă©tait trĂšs mauvaise", "je devais abandonner ma veste de garçon de cafĂ©", mais "j’étais fait pour la tĂ©lĂ©vision". ‱Avec "Apostrophes" vous ĂȘtes devenu plus connu que les auteurs que vous invitiez. Cette notoriĂ©tĂ© Ă©tait-elle importante pour vous? C’est un des grands dangers de la tĂ©lĂ©, contre lequel nous devons lutter surtout, ne pas se considĂ©rer comme la vraie vedette. Toutefois, cette notoriĂ©tĂ© Ă©tait le rĂ©sultat d’un travail et un gage de succĂšs pour l’émission. J’ai tout de mĂȘme reçu des gens beaucoup plus connus que moi! Mais il est vrai que j’ai dit "Si je descends les Champs-ÉlysĂ©es entre Claude LĂ©vi-Strauss et Julien Green, c’est Ă  moi qu’on demandera un C’est la perversion de la tĂ©lĂ©vision. ‱ Le beaujolais, le football
 vous aimez mettre en avant vos goĂ»ts populaires. J’ai Ă©tĂ© mis en cause par des intellectuels de l’époque pour cette raison. Comment faire confiance Ă  un journaliste littĂ©raire qui va voir des matchs de foot? Pour certaines personnes, il aurait Ă©tĂ© prĂ©fĂ©rable que je naisse dans le Bordelais et que je joue au tennis. J’ai Ă©crit alors un article intitulĂ© "Proust est-il soluble dans le beaujolais?" ‱ Quel Ă©crivain vous a le plus impressionnĂ©? Alexandre Soljenitsyne. Pas seulement en tant qu’écrivain, mĂȘme si "Une journĂ©e d’Ivan Denissovitch" 1962 ou "Le Pavillon des cancĂ©reux" 1968 sont des grands livres. C’est un homme qui a marquĂ© l’histoire. Il est celui qui a rĂ©sistĂ© aux trois flĂ©aux du XXe siĂšcle la guerre, le cancer, le goulag. ‱ Regrettez-vous d’avoir soutenu, au nom de la littĂ©rature, des auteurs aux comportements pervers, tel Gabriel Matzneff? Des annĂ©es 1970 aux annĂ©es 1990, la littĂ©rature, et mĂȘme le cinĂ©ma, Ă©tait au-dessus de la morale, des lois. Aujourd’hui, la morale a pris le dessus, c’est un changement d’époque. On ne publierait plus "Lolita" de Nabokov, par exemple. ‱ Qu’avez-vous Ă©prouvĂ© quand une de vos filles s’est mise Ă  Ă©crire des romans? De la fiertĂ©. CĂ©cile a commencĂ© tard mais je l’ai encouragĂ©e. J’étais content qu’elle ait pris le goĂ»t des mots, de les agencer. Avec tous les livres qui encombraient la maison et qui m’accaparaient, mes filles auraient pu dĂ©tester la lecture. CĂ©cile est la lectrice qui m’a le plus impressionnĂ©. Je me demande seulement si elle a eu raison de garder mon nom. ‱ Vous ĂȘtes trĂšs prĂ©sent sur Twitter. Est-ce votre maniĂšre de garder un lien avec le public? Certainement. C’est un moyen de dialoguer avec des gens que je ne connais pas et qui rĂ©agissent, en bien ou en mal. J’ai adorĂ© la contrainte des 140 signes. Elle me rappelait mes dĂ©buts dans le journalisme, quand on me confiait de courts papiers! Maintenant, on a droit Ă  280 signes, c’est plus facile! J’ai atteint le million d’abonnĂ©s. Beaucoup me racontent leurs souvenirs d’"Apostrophes". Certains, d’origine Ă©trangĂšre, comme des chauffeurs de taxi, me disent qu’ils ont pratiquĂ© leur français grĂące Ă  mes Ă©missions. Cela me rĂ©jouit! ‱ Bernard Pivot en six dates - 5 mai 1935 Naissance Ă  1958 DĂ©bute au "Figaro" aprĂšs des Ă©tudes de droit et de 1973 Anime sa premiĂšre Ă©mission littĂ©raire Ă  la tĂ©lĂ©vision. "Apostrophes" prend le relais de 1975 Ă  1990. Puis "Bouillon de Culture", jusqu’en 1975 Cofonde la revue mensuelle "Lire".- 2004 Entre au jury du prix Goncourt, qu’il prĂ©side de 2014 Ă  2021 Fait paraĂźtre "
 Mais la vie continue."À lire Guillaume, sorte de double littĂ©raire de Pivot, est un Ă©diteur Ă  la retraite. Son plaisir rejoindre son groupe d’amis octogĂ©naires et deviser sur la vie, l’amour et les mouvements du monde. Une vision douce-amĂšre de l’ñge. "
 Mais la vie continue", Ă©d. Albin Michel, 19,90€.

BernardPivot, le rĂ©formateur de l’AcadĂ©mie Goncourt s’en va. A 84 ans, le prĂ©sident de l’AcadĂ©mie Goncourt a annoncĂ© vouloir « retrouver un libre et plein usage de son temps ». Il ne l’a pas volĂ©. L’AcadĂ©mie Goncourt n’est pas l’AcadĂ©mie française. On peut la quitter de son plein grĂ©, sans que ce soit pour des raisons

J'aime comment Falardeau semble gÃÂȘner, au final, d'entendre son texte lu par quelqu'un d'autre, accompagné d'é quelqu'un de trÚs humble, au final. Ilest le premier Ă  avoir su imposer la transparence et surtout des rĂšgles de dĂ©ontologie Ă  l'AcadĂ©mie Goncourt.C'est ce qu'explique l'Ă©crivain Pierre Assouline, membre du ÂgĂ© de 84 ans, l'ancien prĂ©sentateur de l'Ă©mission littĂ©raire "Apostrophes", veut pouvoir profiter "des Ă©tĂ©s qu'il lui reste" sans avoir Ă  lire "entre 50 et 60 romans".Bernard Pivot s'est retirĂ© lundi 2 dĂ©cembre de l'AcadĂ©mie Goncourt, sociĂ©tĂ© littĂ©raire dont il Ă©tait membre depuis 15 ans et prĂ©sident depuis 2014. Il explique mardi sur franceinfo que c'est Ă  cause de son Ăąge "canonique" de 84 ans, rappelant que ses fonctions Ă  l'AcadĂ©mie Goncourt exigeaient qu'il lise "entre 50 et 60 romans en deux ou trois mois". "J’ai envie de reprendre une gestion libre, tranquille de mon temps, notamment pendant l’étĂ© 
 je n'ai plus beaucoup d'Ă©tĂ©s devant moi", a-t-il ajoutĂ© pour expliquer ce choix qu'il juge "un peu Ă©goĂŻste". franceinfo Pourquoi avez-vous dĂ©cidĂ© de vous retirer de l'AcadĂ©mie Goncourt ? Bernard Pivot La raison tient dans un chiffre 84. 84 ans, c’est mon Ăąge, et il est prudent, quand on arrive Ă  un Ăąge aussi canonique, de laisser sa place Ă  plus jeune et de se retirer alors qu’on est encore assez lucide pour en prendre la dĂ©cision. C’est sans doute un petit pincement au cƓur ? Oui, parce que 15 ans Ă  l’AcadĂ©mie Goncourt, c’est 15 annĂ©es de plaisir, de beaucoup de conversations, de beaucoup d’échanges littĂ©raires avec mes camarades de l’AcadĂ©mie Goncourt qui n’étaient pas les mĂȘmes qu’il y a 15 ans. L’AcadĂ©mie Ă©volue au fil des annĂ©es. De celle dans laquelle je suis entrĂ©e il y a 15 ans, il ne reste plus que deux membres, Didier Decoin et Françoise Chandernagor. Les autres sont des nouveaux, donc le renouvellement de l’AcadĂ©mie, c’est sa vivacitĂ©, son intĂ©rĂȘt. C’est comme "Apostrophes", je suis parti au bout de 15 ans, c’est une dĂ©cision personnelle d'arrĂȘter mes Ă©missions littĂ©raires. Je peux regretter. Je peux aussi regretter de ne plus ĂȘtre jeune, de ne plus avoir la vie devant soi, ce sont des regrets continuels. Mais je pense avoir fait du bon travail avec l’AcadĂ©mie Goncourt, enfin, j’ai fait ce que j’ai pu ! Et donc je pars serein et content ! Et non pas avec de l’aigreur, de la mĂ©lancolie ou de la tristesse. Est-ce que vous allez moins lire Ă  l’avenir ? Je lirai moins en juin, juillet et aoĂ»t, ça c’est sĂ»r ! Je lisais entre 50 et 60 romans en deux ou trois mois, lĂ  c’est fini ! C’est l’une des raisons [de son dĂ©part NDLR]. J’ai envie de reprendre une gestion libre, tranquille de mon temps, notamment pendant l’étĂ©. Je n’ai plus beaucoup d’étĂ©s devant moi, Ă  84 ans. Et lĂ  c’est un choix un peu Ă©goĂŻste de dire "Pour les derniĂšres annĂ©es qu’il me reste, privilĂ©gier mon plaisir de vivre, d’exister, d’avoir des relations avec mes proches, de profiter du soleil, de la mer, plutĂŽt que de continuer Ă  lire mes jeunes confrĂšres". Vous lirez sans doute moins, mais peut-ĂȘtre twitterez-vous davantage ? Non je ne pense pas, il n’y a pas de raison que je twitte davantage, non pas du tout. Comment permettre Ă  chacun de mieux s'informer ? Participez Ă  la consultation initiĂ©e dans le cadre du projet europĂ©en De facto sur la plateforme Franceinfo en est le partenaire
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